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Léon Merlet : Mémoire vivante

23 août 2013. La Rochelle reçoit Agen. Comme à chaque mi-temps, les noms des abonnés dont c’est l’anniversaire, s’affichent sur l’écran géant du stade Marcel Deflandre. Le premier : Léon Merlet né le 23 août 1922 ! "Nous avons profité de cette occasion pour remettre à Monsieur Merlet un ballon dédicacé par les joueurs, en remerciement de ses nombreuses années de fidélité au club" indique Chloé Stévenet, responsable communication de l’Atlantique Stade Rochelais.

Léon est immensément heureux. "Celui qui a pensé à moi est un véritable bienfaiteur, ou bienfaitrice si c’est une femme ! s’exclame-t-il ému par cet hommage. La plupart du temps, les vieux, on les oublie. Chloé voulait me remettre le ballon au milieu du terrain ; malheureusement, je me déplace difficilement et il m’était impossible de descendre de la tribune" regrette-t-il. Maintenant ce ballon trône fièrement sur la table de son séjour. C’est le seul qu’il n’ait jamais possédé, n’ayant pas pratiqué le rugby.

Les années de guerre

De part son ascendance, Léon appartient à une famille plutôt instruite. Il poursuit donc des études. Bien qu’arrêté en 41, puis mis au cachot quelques jours pour avoir refusé de descendre d’un trottoir devant les allemands, il obtient son Brevet Supérieur. En mai 43, convoqué pour le STO (Service du Travail Obligatoire) en Allemagne, il part se cacher avec un cousin, qui connaît la même situation, dans une ferme près de Bellac dans le Limousin. Quelques mois plus tard, suite à une dénonciation et pour ne pas mettre en danger les fermiers qui les hébergeaient, les deux cousins retournent au pays utilisant diverses combines pour se cacher des autorités. En contact avec la résistance, il rejoint le maquis du Lys commandé par un lieutenant parachutiste du 3ème SAS (Special Air Service). "Par groupe de cinq, on faisait des sabotages, on tendait des embuscades aux allemands, on mettait le bazar, se souvient Léon. J’ai été fait prisonnier le 15 janvier 1945 au cours d’une attaque devant Marans. Emprisonné au camp de La Sauzaie, les conditions étaient très dures avec le froid et la faim. J’ai attrapé un point de pleurite qui s’est ensuite transformé en pleurésie".

La découverte du Stade Rochelais

Libéré de toutes obligations militaires fin Août 45, il suit des cours de droit pour préparer un concours des impôts qu’il réussit brillament. Il intègre une école des impôts à Paris pour en ressortir avec le grade d’inspecteur. Après diverses mutations, il revient à La Rochelle en 1951. L’année suivante, son épouse, enseignante, obtient un poste à Salles sur mer. "Le maire, Monsieur Raimon, fervent supporter du Stade Rochelais, m’a emmené voir mon premier match de rugby, précise Léon. C’était le 14 décembre 1952 contre Le Boucau ; il pleuvait, les maillots étaient noirs de boue. La Rochelle marque sur la fin un essai d’avants et gagne. Les trois quarts n’ont pas vu le ballon du match ! Ca m’a laissé perplexe comme jeu !"

« Monsieur qui va payer ? »

Quelque temps plus tard, Robert Pouyfourcat, collègue de travail et véritable cheville ouvrière du Stade, le contacte pour devenir bénévole. "C’est ainsi que j’ai été désigné membre du comité directeur du Stade Rochelais, se remémore Léon. Au sein de la commission des finances, j’étais notamment chargé de la vente des cartes de membre honoraire. C’était une source de financement importante pour le club, mais ce n’était pas un petit boulot ; ça prenait du temps ! En 1958, le journal "Allez Stade" est créé ; mais on n’avait pas d’argent ; il a fallu en trouver ! Nous démarchions les commerçants, je tenais la comptabilité. Nous avons eu jusqu’à 300 abonnés dans toute la France », jubile Léon. Il poursuit : "A l’époque il n’y avait qu’une buvette. Je m’occupais des comptes avec Marcel Gauriaud le trésorier. Au comité directeur, ils m’appelaient : monsieur qui va payer ?"

Balcon avec vue sur Marcel Deflandre

Léon Merlet possède la rigueur et le sens d’une gestion saine des finances. Après une vingtaine d’années au comité directeur, il démissionne, en désaccord avec le nouveau président. Aujourd’hui à 91 ans, il continue à visiter les collèges et lycées, où il transmet le "devoir de mémoire" avec d’autres compagnons de la Résistance. Sinon il coule des jours paisibles, toujours dans l’ambiance du rugby, puisque le balcon de son appartement donne sur le terrain annexe de Marcel Deflandre.

Interview et article réalisés par François Fuzeau

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