share
Version imprimableSend by emailversion PDF

Current Size: 100%

Actualités

Une finale inoubliable

L’Atlantique Stade Rochelais s’est qualifié pour le Top 14 en battant Agen 31-22 en finale d’accession, au stade Chaban-Delmas de Bordeaux. Dans une ambiance extraordinaire à la hauteur de l’événement, les Jaune et Noir ont enflammé le stade et inscrit trois essais pour mener 31-3 à la 47e. Malgré un retour fulgurant des Agenais en deuxième période, les Rochelais ont tenu et offert une magnifique récompense à leurs supporters. Retour sur un moment exceptionnel.

Cap sur Chaban

À peine la victoire contre Pau acquise, tous, joueurs, entraîneurs comme supporters n’avaient qu’une idée en tête, la finale. De leur côté, les joueurs et le staff analysaient les matchs d’Agen, adversaire redouté qui les avait battus deux fois cette saison. Mêlée, touche, défense, système, tout y est passé. « On a beaucoup été critiqués sur notre touche, mais on avait vraiment bien étudié celle d’Agen pour les contrer », précise Kévin Gourdon à l’issue du match, alors qu’Agen a été littéralement sevré de ballons dans ce secteur. « On a beaucoup travaillé à la vidéo contre eux, pour ne pas refaire les mêmes erreurs », enchaîne Fabien Fortassin, appuyé par son entraîneur Patrice Collazo : « Quand on a pris deux fois 30 points contre la même équipe, si on se les prend une troisième fois, c’est qu’on n’a rien compris. On a su s’adapter et se créer les conditions pour réussir ». Avant de préciser toutefois : « La semaine d’entraînement était très compliquée, très mauvaise, ils avaient pas du tout envie de s’entraîner, il pleuvait, il y avait du vent… Et quand on est arrivés à Bordeaux on a senti le groupe se reconcentrer, il y a eu des beaux moments, à la mise en place, à la remise des maillots… » Peut-être la meilleure explication du scénario de la rencontre, une tactique brillante en première période, et des difficultés dans le jeu dans la seconde.

Dans le même temps, les supporters n’avaient qu’une hâte, être à dimanche. Bien que très difficile à chiffrer, au moins 14 000 Rochelais ont pris d’assaut l’autoroute pour Bordeaux. « Sur l’autoroute, ma femme m’a appelé en me disant que j’allais pas y croire, qu’il y avait du jaune et noir partout aux péages ! » raconte Fabien Fortassin. Les concerts de klaxons débutaient pour ne s’arrêter que quelques minutes avant le coup d’envoi, à 15h. Les boulevards George V et Georges Pompidou, la barrière de Saint-Augustin où se garaient les bus, mais surtout la place Johnston et l’avenue du Parc de Lescure, tous étaient envahis par une foule de supporters rochelais dès 11h. Pendant près de 4h, les rues aux alentours du stade étaient bel et bien maritimes. Les chants s’accéléraient à mesure que la pression montait. Les Agenais arrivent, les échanges d’écharpes et de drapeaux commencent, en même temps que le chambrage bon enfant des deux côtés. À 14h, la plupart s’étaient déjà dirigés vers le stade pour encourager leurs joueurs dès l’échauffement.

Les tribunes sont remplies de jaune et de noir, et le groupe rochelais entre sur la pelouse pour s’échauffer. Le niveau sonore passe de 1 à 100, les cris et les chants se succèdent. « Quand on entre pour s’échauffer, c’est énorme. Je dirais pas qu’on est à La Rochelle, mais pas loin. Dans le match des supporters il n’y a pas photo, ils ont gagné leur match. Et nous on voulait faire la même chose », commente Fabien Fortassin, tout sourire. Le match des tribunes remporté assez largement par les Rochelais, malgré une belle résistance du virage nord, celui du terrain pouvait commencer.

Une première période tactiquement parfaite

D’entrée, les Agenais mettent les Maritimes à la faute et obtiennent logiquement deux pénalités successives, dont la dernière pour un ballon porté écroulé. Lagarde ne tremble pas et transforme, 3-0 pour Agen ; ils ne marqueront plus de la première mi-temps. Les Rochelais réagissent instantanément par la mêlée qui offre une pénalité à Fortassin, qu’il transforme (3-3, 7e). Pas de round d’observation pour les Rochelais qui avaient bien analysé leur adversaire : Fortassin met la pression sur Agen au pied, qui renvoie un bon ballon pour les Rochelais. L’ouvreur écarte cette fois et amène un regroupement aux 40m rochelais, complètement sur la droite. Audy choisit le petit côté et sert Cestaro seul qui accélère et franchit la ligne médiane, dépose Paris d’un crochet intérieur et est repris aux 22m agenais. Audy éjecte rapidement pour Bobo dans la ligne qui traverse le terrain et adresse une longue passe vers Atonio. Uini sert Lagarde qui accélère et fixe le dernier défenseur agenais avant d’envoyer Cler à l’essai en bout de ligne. Essai fabuleux, le stade est bouillant, on ne s’entend plus crier dans les tribunes. Le festival rochelais commence.

Les Jaune et Noir s’adaptent parfaitement au système de leurs adversaires : « On l’a très bien fait, on a joué quand il le fallait, on a su occuper, les mettre sous pression avec un bon rideau défensif », acquiesce Fabien Fortassin. « La première mi-temps est très bien menée, plutôt cohérente, on a su s’adapter après nos deux matchs contre Agen, par du jeu au pied d’occupation, une très bonne conquête en touche, une mêlée performante », poursuit Patrice Collazo. Les Rochelais ont également assis leur domination en touche et dans les rucks, où ils ont constamment mis leurs adversaires à la faute, permettant de creuser un peu plus l’écart : 11-3 à la 14e puis 14-3 à la 22e, alors qu’Audy venait de remplacer Fortassin pour tirer les pénalités, victime d’une pubalgie « depuis un bon mois » l’empêchant de buter sans douleur.

Les Agenais tentent de se réveiller, mais la défense rochelaise tient, le contre en touche vole de nombreux ballons aux Agenais dans les 22m rochelais. Les Lot-et-Garonnais n’ont absolument aucune munition pour répliquer. Quelques minutes plus tard, le jeu s’est déplacé devant la ligne agenaise, avec une mêlée pour La Rochelle aux 5m suite à un lancer pas droit du pilier Telefoni, qui remplaçait Narjissi dans l’exercice. La suite, on la connaît. Une succession de mêlées dominées par les avants rochelais, des piliers agenais qui font tout pour écrouler et stopper la progression maritime, un demi de mêlée qui tente de jouer le ballon dans les pieds de Gourdon… Et l’arbitre qui accorde logiquement un essai de pénalité sur la sirène. Ça fait 21-3 pour les Rochelais à la mi-temps, c’est logique mais en même temps peu croyable au vu de la qualité de l’adversaire.

Agen tente de renverser la vapeur

Pour Patrice Collazo, « On commence la deuxième mi-temps tambours battants où on tombe dans l’euphorie, on a l’impression qu’on peut les matraquer pendant 80 minutes, mais l’indiscipline nous coûte cher. On n’a jamais pensé qu’on pouvait leur mettre 40 points, on a prévenu les joueurs à la mi-temps, le plus dur commence. C’est l’indiscipline qui nous met dedans, on joue chez nous, on les a remis dans le match. Après eux ils se sont aussi excités dans l’avancée parce qu’ils ont des arguments aussi ». Effectivement, le début de la deuxième période repart sur les mêmes bases que la première, excellentes. Gourdon récupère le ballon, casse facilement deux plaquages dans le camp agenais et sert Bobo lancé comme un frelon® à hauteur qui aplatit entre les perches. 28-3, puis Fortassin se prend pour Wilkinson et claque un drop du pied droit, ça fait 31-3 et évidemment, inconsciemment, tout le monde se croit déjà arrivé et se relâche un peu.

Moins concentrés, les joueurs sont moins disciplinés et petit à petit, Agen refait son retard. Kieft entre sur le côté d’un ruck et est sanctionné : Agen va en touche, sécurise le ballon porté, écarte sur Lamoulie qui aplatit dans l’en-but (31-10, 50e). Quelques minutes plus tard, Bales tape une chandelle dans l’en-but rochelais. À la lutte, Ludik se saisit du ballon en l’air et retombe dans l’en-but mais le mouvement d’aplatir est incertain. L’arbitre vidéo valide tout de même l’essai et les Agenais croient en un improbable retour (31-17, 58e). Après le carton jaune de Djeb pour fautes répétées, les Rochelais sont sous pression à 14 contre 15. La défense résiste mais finit par craquer, le seconde ligne Ratu aplatit en force dans l’en-but le troisième essai agenais, mais Francis ne transforme pas (31-22, 73e). « Je voyais qu’on était indisciplinés, notre ouvreur sort, notre centre sort, ça faisait beaucoup d’événements. Quand ils ratent la transformation du 3e essai ça m’a soulagé quand même. Quand on menait 31-3, c’est toujours le risque dans ce genre de match de se relâcher », avoue Fabrice Ribeyrolles.

Les Rochelais ont davantage la main sur le ballon en fin de match, et une ultime action libère les Jaune et Noir. Wessels conteste un ruck, récupère le ballon et aplatit dans l’en-but. L’arbitre vidéo invalide l’essai car il considère que le déblayage est fait sur le côté, mais peu importe, la sirène se fait entendre quelques secondes plus tard. Audy dégage en touche. Le Stade Rochelais est en Top 14. Les tympans souffrent dans les tribunes. Les larmes aux yeux, les entraîneurs réagissent à chaud : « Beaucoup d’émotion surtout. Je suis admiratif du travail des joueurs. Je leur avais dis, sur la saison, que j’étais admiratif de ce qu’ils ont fait. C’est un match à l’image de leur saison, des choses exceptionnelles, des choses moins bonnes, des choses parfois incohérentes mais une force de caractère présente pendant 80 minutes », résume Patrice Collazo. Fabrice Ribeyrolles poursuit : « La première année on a pris un groupe qui avait atteint son objectif, monter, donc qui était en fin de cycle, et nous on a reconstruit, puis on a peaufiné l’effectif cette année avec une charnière… C’est l’aboutissement de 3 ans, c’est une récompense, avec Patrice on était là pour ça. On a des exemples concrets de Brive et d’Oyonnax qui ont su tirer leur épingle du jeu. On sait qu’il va falloir renforcer l’effectif, se transcender, mais on va se donner les moyens. Jouer dans le meilleur championnat d’Europe voire du monde c’est un honneur pour La Rochelle. Quand je vois l’ambition, les structures du club, l’engouement, je me dis que La Rochelle a sa place dans le Top 14 ».

Retour à bon port

Dimanche, l’heure était en tout cas à la fête, à la communion avec les supporters. « On nous a montré les photos contre Lyon, le retour sur le port, ça fait 3 ans qu’on nous rabâche avec ça, maintenant on veut le vivre nous-mêmes, vivre ces moments exceptionnels », trépignait l’entraîneur des arrières. « Avoir vécu des moments exceptionnels comme ça, on en aura besoin l’an prochain. Mais j’ai envie de dire que toute la saison a été sur cet axe-là, je me souviens du premier stage sur l’île d’Aix, on a senti que le groupe avait envie de vivre des choses ensemble », poursuit Patrice Collazo. L’immense fête sur le Vieux Port de La Rochelle, la communion entre un groupe et leurs 20 000 supporters en fait évidemment partie.

La fête a continué toute la nuit, et d’après la légende, Loann Goujon, blessé, aurait été le premier et le dernier à y participer… À l’issue du match, il avait déjà commencé : « J’étais là en 2010 quand Clermont ont gagné leur titre, donc nous en Espoirs on l’a un peu vécu avec eux, mais quand tu gagnes un titre tu rejoues les mêmes mecs l’année prochaine. Là c’est incomparable, tu gagnes, t’as le droit de jouer Clermont ou Toulon… Je vais rejouer à Clermont quoi ! J’étais pire qu’un supporter ».

En attendant de se projeter sur une saison en Top 14 qui s’annonce difficile et magnifique à la fois, Messieurs, félicitations et merci.

N.C.

Depuis qu’on était qualifiés en demie à la maison, qu’on a battu Pau, on a commencé à prospecter, on savait qu’on avait une chance sur deux.
view counter